INTRODUCTION
Introduction
GÉNÉRALITÉS

L’ accord de piano a pour objectif de rendre au piano sa justesse et d’optimiser ses qualités sonores. Ces qualités sonores font appel a une part de subjectivité, mais elles font aussi appel a un grand nombre de facteurs pas toujours faciles a isoler. On peut néanmoins les classer en 2 catégories : Le Piano et l’accord. Le piano bien entendu joue un rôle de premier plan, il peut posséder des qualités particulières et / ou au contraire avoir certains défauts qui limiterons au final sa capacité d’expression. Mais il ne faut pas négliger le part majeure apportée par l’accord de piano dans le rendu final. Tous les accordeurs professionnels sont en mesure de produire un accord juste. Ce que beaucoup de gens ignorent en revanche c’est qu’une petite minorité des accordeurs transmettent aux pianos qu’ils accordent des qualités sonores uniques et tout a fait reconnaissables. C’est a dire qu’on pourra reconnaitre au jeu ou a l’oreille le fait qu’un certain piano a été accordé par tel accordeur particulier. Les accords de pianos d’un certain accordeur pourront être plus ou moins clairs, chantants, puissants, ils pourront aussi « swinguer » plus ou moins, être plus ou moins « enveloppants » ou produire un sentiment d’accélération. Ces spécificités bien entendu impactent fortement la sonorité du piano et le plaisir de jouer. C’est d’ailleurs pour cette raison que la plupart des accords de pianos de prestige sont réalisés par un très petit nombre d’accordeur dont les accords présentent certaines de ces particularités et sont donc plébiscités pour ces raisons par les professionnels.

Piano a queue Steinway & Sons
Piano à Queue
Steinway & Sons
LE PIANO
Qualités et défauts
FORME DU PIANO

Le piano est un instrument composé d’environ 9000 pièces. chaque appui sur une touche met en jeu environ 60 pièces. De manière simplifiée, on peut considérer le piano comme un ensemble de touches. chaque touche, lorsqu’elle est enfoncée actionne un marteau qui vient frapper sur 3 cordes qui produisent alors un son. chaque corde est fixée a l’aide d’une cheville. l’ensemble des cordes sont tendues sur un cadre en fonte soutenu par un solide barrage (les cordes y exercent une pression d’environ 16 tonnes). la table d’harmonie située juste derrière les cordes transmet les vibrations sonores. Les pianos droit ont une table d’harmonie verticale, les pianos a queue ont une table d’harmonie horizontale. Le tout est enchâssé dans un meuble.

DÉFAUTS DU PIANO

le piano peut avoir des défauts qui vont compliquer la tâche du technicien accordeur et parfois également brider la qualité sonore du rendu final. Le défaut le plus courant vient des cordes du piano. Certaines cordes ne produisent pas un son pur, elle émettent un son avec un certain battement, comme le battement que produiraient 2 cordes accordées sur des fréquences très proche l’une de l’autre. Ces inharmonicités n’empêchent pas l’accord du piano mais obligent l’accordeur a fournir un effort auditif plus important. Plus le nombre de cordes inharmoniques est important, plus l’accord du piano est difficile. En général, on trouve ce genre de défauts sur des cordes âgées et/ou rouillées mais parfois, on peut aussi rencontrer ce genre de problème sur des cordes neuves. Si trop de cordes sont concernées, non seulement l’accord sera très difficile mais les qualités sonores du piano, même accordé seront limitées. Un autre défaut courant vient de a longueur du son. Lorsque le piano est mal réglé, certains étouffoirs ne se lèvent pas assez vite ou pas assez loin et étouffent en partie le son de la note ou réduisent tout du moins la longueur du son de certaines cordes. L’accord du piano est alors plus difficile.

Le piano peut également avoir un problème de tenue d’accord. Ce problème peut provenir soit des cordes, soit des chevilles soit plus globalement de la conception ou de l’état général du piano (sommier, cadre etc.) soit enfin de la pièce dans laquelle le piano est situé. D’une manière générale, plus un piano est âgé, moins bien il tient l’accord. De plus, un piano neuf tiendra également moins bien l’accord car ses cordes, pendant une période d’environ 2 ans ont encore tendance à s’étirer un peu. Pour pallier aux problèmes d’usure du piano, Le technicien du piano peut procéder à une révision du piano. Les problèmes de structure et de conception du piano ne peuvent quant a eux être résolus que par une restauration du piano réalisée soit en atelier spécialisé soit directement chez le facteur de piano ayant construit l’instrument de musique. Cette opération ne se justifie, compte tenu de son coût que sur des pianos de grande valeur. Le piano doit être situé dans une pièce dont le taux d’humidité est situé entre 40 et 60%. De plus, les fluctuations de cette humidité doivent être les plus faibles possibles. Au-delà de 60% d’humidité, le piano se désaccordera plus vite, de plus, les pièces mécaniques de bois ainsi que les parties constituées de feutre ou de cuir pourront gonfler et s’altérer, au pire, la table d’harmonie du piano pourrait même se fendre. Un taux d’hygrométrie inférieur à 40% causera le même type de dommages pour des raisons inverses. La température de la pièce ne doit pas varier dans de grandes proportions et être située autour des 20 degrés. Pour pallier aux éventuels problèmes d’hygrométrie, il existe des systèmes de régulation de l’hydrométrie spécialement conçue pour les pianos . Enfin, mais cela ne constitue pas vraiment un défaut du piano, plus le piano est désaccordé moins bien il tiendra l’accord. Si le piano est très désaccordé, le technicien du piano peut réaliser un pinçage (ou mise au diapason) préalablement a son accord. Cette opération a pour conséquence de stabiliser le piano et permet par la suite de réaliser un accord de piano solide même sur un piano très désaccordé. Pour finir, outre tous ces aspects, la tenue de l’accord dépend également pour une grande part de l’accordeur. En effet, la façon qu’a l’accordeur de pianos de tourner sa clé d’accord et de caler la cheville a un impact important sur la tenue de l’accord. En fonction de son expérience, le technicien du piano pourra donc produire un accord de piano plus ou moins stable.

Enfin, le piano peut souffrir de divers problèmes de réglages et de maintenance. Ces problèmes ne constituent pas en soit des défauts du piano puisqu’ils peuvent être résolus, cependant, ils affectent la qualité du rendu sonore final. De plus, un accord ne changera rien a ces problèmes. Parmi ces problèmes, on trouve notamment le mauvais réglage des mécaniques et du clavier qui pourra provoquer un manque de régularité dans le rendu des sons ainsi qu’un manque de tonicité. Pour résoudre ce problème, le technicien accordeur peut procéder à un réglage de la mécanique et du clavier. Le piano peut aussi être mal harmonisé ce qui affectera le timbre du piano. Il faudra alors faire harmoniser le piano pour résoudre ce problème.

QUALITÉS DU PIANO

La qualité sonore d’un piano est principalement déterminée par 2 points. Le premier point, qu’on oublie trop souvent de souligner est l’absence de défauts. (cordes inharmoniques, cordes étouffées, problèmes de réglages etc.). Le second point est la qualité de la table d’harmonie du piano. En effet, la table d’harmonie de certains pianos produit un son emprunt d’un certain charme. La majorité des pianos ne dégage aucun charme particulier de rares pianos au contraire ont un très grand charme. Bien entendu, cette qualité survient beaucoup plus souvent sur les pianos haut de gamme et de grande marque mais il n’y a pas de règle. Cela peut arriver sur n’importe quelle marque et n’importe quel modèle. si on prend 2 pianos de même marque, de même modèle et avec 2 numéros de série qui se suivent, on peut se retrouver avec l’un des 2 qui dégage un grand charme et l’autre qui ne dégage rien de particulier. La table d’harmonie est l’âme du piano, les pianos chinois se contentent souvent d’une simple planche de contreplaqué alors que les plus grands facteurs de piano utilisent un bois massif d’épicéa sans aucun nœud et vieilli lentement dans des conditions parfaites. Certaines essences rares comme l’Epicéa du Val de Fiemme, que l’on trouve en Italie au nord de Venise sont particulièrement recherchées.

CONCLUSION

Comme on a pu le voir, l’accordeur de piano pourra dans une certaine mesure camoufler les défauts du piano. Malgré tout, lorsqu’ils sont trop nombreux le rendu final fini par perdre en qualité. De plus, certains pianos ont un charme particulier.

Accord du piano - la clé d'accord
Clé d’Accord
Sur piano à queue
L’ACCORD DE PIANO – GÉNÉRALITÉS
Généralités sur l’accord
HISTOIRE DE L’ACCORD DE PIANO

Aujourd’hui, les accords de piano se font sur la base de gammes construites selon des intervalles égaux entre eux dites gammes de tempérament égal. Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas. De l’Antiquité jusqu’au Moyen Âge, les instruments furent accordés selon des gammes pythagoriciennes, puis, on utilisa les gammes de Zarlino (ou gammes des physiciens) pendant environ un siècle. Puis, jusqu’à la révolution française, on utilisa des gammes de tempérament inégal aux intervalles naturels. Ce n’est que depuis la révolution française que nous utilisons les gammes de tempérament égal. Ces 4 approches répondent chacune aux besoins de leur temps. Les gammes pythagoriciennes utilisées de l’Antiquité au Moyen Âge sont construites autour des quintes. A cette époque, la quinte était l’intervalle le plus important avec l’octave. La gamme pythagoricienne est donc composées de 11 quintes justes parfaitement pures et d’une quinte raccourcie pour retomber sur l’octave appelée quinte du loup. ces gammes furent petit a petit délaissées lorsque les tierces commencèrent a prendre de plus en plus d’importance dans les compositions. en effet les gammes pythagoriciennes sont constituées de 8 tierces majeures plus grandes que la tierce pure et de 4 tierces majeures très consonantes mais plus petites que la tierce pure. Les gammes de Zarlino (ou gammes des physiciens) utilisées au début du moyen age son très justes mathématiquement, elles sont cependant très contraignantes a l’usage. En effet, dans ces gammes, les notes diésées ne sont pas égales aux notes supérieures bémolisées. Les compositeurs abandonnèrent donc assez rapidement ce type de gammes au profit des gammes de tempérament inégal aux intervalles naturels. Les gammes de tempérament inégal aux intervalles naturels utilisées depuis le Moyen Âge et jusqu’à la révolution française sont également très justes techniquement et produisent un son pur et brillant. Elles sont parfaitement adaptées au son cristallin du clavecin et aux consonances employées dans les composition baroques. Elles furent néanmoins à leur tour délaissées au profit des gammes de tempérament égal. Les gammes de tempérament égal, utilisées depuis 2 siècles et demi sont légèrement fausses. Elles ont pourtant fini par être universellement adoptées car leurs intervalles, bien que faux excepté l’octave qui est juste ont l’avantage d’être toujours identiques, ce qui rend la composition plus libre et surtout plus facile. Les musiques peuvent être transposées dans n’importe quelle tonalité et les accords joués dans tous les renversements. Les gammes de tempérament égal produisent une sonorité plus douce, moins définie, plus adaptée au piano et à la douceur de la période romantique.

JUSTESSE DE L’ACCORD DE PIANO

Il est mathématiquement impossible de réaliser un accord avec à la fois des quintes justes et des octaves justes. Les gammes à tempérament égal utilisées de nos jours ont des octaves justes mais tous leurs autres intervalles sont légèrement faux. En plus de ce compromis consenti sur la justesse, le technicien du piano doit interpréter le son. En effet, un accord réalisé a partir d’un instrument de type accordeur électronique selon les valeurs mathématiquement parfaites aura une très grande justesse théorique mais sera perçu faussement par l’oreille humaine. Les cordes inharmoniques, la facture du piano ou encore l’acoustique de la pièce altèrent notre perception de la hauteur du son. Par exemple, les inharmonicités des cordes font que les sons aigus sont perçus comme étant plus graves que la réalité, l’accordeur de piano doit donc tirer les cordes aiguës plus ou moins exagérément pour compenser cette perception. La fréquence juste et la fréquence perçue comme juste ne sont pas les mêmes, chaque piano a sa justesse propre et l’accordeur de piano doit donc interpréter le son de façon a produire une justesse agréable à l’oreille humaine.

OUTILS DE L’ ACCORDEUR DE PIANO

L’accordeur utilise un diapason pour accorder la première corde sur le LA 440Hz. Toutes les autres cordes sont accordées par la suite uniquement à l’oreille en fonction de cette première corde. L’instrument principal du technicien accordeur de piano est la clé d’accord. il s’en sert pour tourner les chevilles qui maintiennent les 220 cordes du piano. En fonction des pianos, plusieurs embouts de clé d’accord existent. L’embout sera carré ou rectangulaire sur les pianos antiques et étoilé à 8 branches sur les pianos contemporains. Enfin, pour étouffer les cordes qu’il ne veut pas entendre sonner, le technicien accordeur se sert soit d’une bande de feutre, soit de coins.

LE GESTE DE BASE DE L’ACCORDEUR

Pour accorder chaque corde, l’accordeur commence par étouffer les cordes voisines qu’il ne veut pas entendre sonner à l’aide d’une bande de feutre ou d’un coin. Ensuite, il tourne la cheville maintenant la corde qu’il souhaite accorder à l’aide de sa clé d’accord. Pour contrôler l’accord de piano, il appuie à la fois sur  la touche du clavier du piano associée à cette corde et également sur une autre touche, de façon à produire un écart bien précis (tierce, quarte, sixte ou octave). L’accordeur comparera ensuite cet écart avec un autre écart, situé juste au dessus ou juste au dessous en alternant les 2 tierces, quartes ou sixtes. L’accordeur maintiendra également la pédale forte du pédalier du piano de façon à laisser vibrer les cordes.

TENUE DE L’ACCORD DE PIANO

En fonction de l’état général du piano et des variations d’hygrométrie et de température de la pièce où il est situé, la tenue de l’accord pourra être plus ou moins écourtée. Cependant, au delà de ces limitations, l’accordeur pourra réaliser un accord plus ou moins solide en fonction de la façon qu’il aura de travailler.

Pour réaliser un accord solide, l’accordeur devra veiller à ce que la tension soit répartie de manière harmonieuse entre les différentes pentes de la corde. Pour ce faire, il doit frapper fortement sur les touches du piano, non pas pour entendre mieux le son de la corde mais surtout pour égaliser la tension de la corde sur ses différentes pentes. En effet, lorsque l’accordeur tourne la cheville, la corde se tend ou se détend et de ce fait, elle bouge un peu sur toute sa longueur. la partie de la corde située entre la cheville et l’agrafe (appelée réflecteur-duplex avant), la partie centrale, située entre l’agrafe et le chevalet (appelée partie vibrante) et enfin, la partie située entre le chevalet et la pointe d’accroche (appelée réflecteur-duplex arrière) se tentent ou se détendent de manière parfois différente. le fait de faire vibrer fortement la corde permettra de répartir la tension de la corde de manière égale sur tout sa longueur.

Le technicien accordeur peut encore améliorer la solidité de l’accord en faisant ce qu’on appelle un accord par le haut, c’est-à-dire en partant d’une tension légèrement supérieure à la tension requise et en effectuant un tour de clé vers une tension plus basse jusqu’à atteindre une tension juste en dessous de la justesse et en laissant l’élasticité de la corde  finir le travail. Ce coup de clé d’une tension plus forte vers une tension moindre est préférable car le piano ou plutôt la cheville se « souvient » de son ancienne position et de son ancienne tension et elle aura tendance à y revenir. En procédant de cette manière la cheville a moins tendance a revenir vers sa position initiale.

En plus de cette approche de la justesse par le haut, l’accordeur doit aussi tourner sa clé de façon a vriller très légèrement les chevilles dans leur sommier d’une manière particulière sans toutefois l’incliner ni la tordre, ce qui aurait au contraire des effets néfastes sur la tenue de l’accord. Lorsque le geste est précis, il laisse la cheville dans un état de blocage particulier qui permet une meilleur tenue de l’accord. Cet état présente également un autre avantage. Si le blocage lâche, la corde est légèrement retendue, ce qui est moins perceptible que l’inverse. On appelle cette technique le « calage ». Le geste adéquat varie en fonction du piano et nécessite une longue pratique néanmoins, il est très important car il conditionne pour une grande part la tenue de l’accord. Enfin, pour rendre son accord encore un peu plus stable, l’artisan accordeur pourra également tirer les cordes légèrement plus haut là ou le piano a tendance a tomber le plus. En effet, le piano ne se désaccorde pas de la même façon partout. Les basses et les aigus ont tendance à bien tenir, les bas-mediums et les mediums on tendance à se désaccorder un peu plus, et enfin, les haut-mediums ont tendance à se désaccorder beaucoup.

BATTEMENTS PAR SECONDE

La notion de battement par seconde est utilisée par l’accordeur de piano a chaque étape de son accord. Chaque note correspond à une fréquence. Lorsqu’on joue 2 notes différentes, on obtient un certain battement. Ce battement est produit par l’écart entre les fréquences des 2 notes. C’est le résultat du mélange de 2 fréquences. Ce battement peut être plus ou moins rapide. La vitesse du battement dépend de la hauteur (tessiture) des notes jouées ainsi que du type intervalle (tierce, quarte, quinte, etc…). Les tierces et les sixtes ont un battement rapide, les quartes quant à elles ont un battement moyen, les quintes ont un battement lent et enfin les octaves ont un battement très lent. De plus, plus les notes jouées sont graves plus les battements sont lents. Ce qui veut dire qu’une tierce jouée dans les notes graves du piano aura un battement plus lent que la même tierce jouée dans les aigus. La notion de battement par seconde est une notion très importante dans l’accord d’un piano. En effet, l’accordeur de pianos va se servir des différences de vitesses de battement par seconde entre différents intervalles pour réaliser un accord. Pour des raisons d’ordre pratique nous emploierons l’acronyme BPS pour désigner les battements par seconde.

ETAPES DE L’ACCORD DE PIANO

Un accord de piano se réalise en 3 étapes. La partition, les octaves et enfin les unissons. Au cours de la première étape, la partition, le technicien du piano va accorder les 12 notes qui entourent le LA 440Hz a partir d’une première note (le LA 440Hz) qui sera accordée au diapason. Au cour de la deuxième étape, dite des octaves, le technicien accordeur va accorder toutes les autres notes du clavier a partir des 13 premières notes en les reportant sur tout le clavier a l’aide d’octaves. la troisième partie dite des unisson consiste a accorder les 2 dernières cordes de chaque notes en se servant de la corde qu’il a déjà accordé.

Accord du piano - le diapason
Diapason
LA 440Hz
L’ACCORD DE PIANO – LA PARTITION
Première étape
DÉFINITION

La première chose qu’un accordeur de piano réalise lorsqu’il effectue un accord de piano est une partition. La partition d’un accordeur de piano n’a rien à voir avec une partition de musique au sens où on l’entend habituellement. Pour un accordeur de pianos, réaliser une partition veut dire accorder les 12 notes qui entourent le La 440 (LA medium) du Fa situé en dessous du LA jusqu’au Fa situé au dessus du LA. La partition est une étape technique au cours de laquelle l’accordeur de piano va suivre une procédure dite « Partition des 3 tierces » qui consiste à accorder les 13 notes de l’octave medium du piano. Concrètement, l’accordeur de piano va d’abord se servir d’un diapason pour accorder la première note, le LA. Il va ensuite accorder les 12 autres notes de l’octave medium une à une à partir de cette première note en suivant un certain ordre et en s’appuyant sur des différences de battement par seconde entre différents écarts. D’autres procédures existent, néanmoins, je ne m’attarderais pas dessus.

MÉTHODE

La Méthode dite des 3 tierce est composée de 13 étapes successives qui consistent chacune à accorder une note de l’octave medium puis à comparer successivement 2 tierces en vérifiant que la plus basse des 2 a un BPS inférieur à la tierce la plus aigüe. En effet, une partition doit systématiquement vérifier la constante suivante : une tierce doit toujours avoir un battement plus rapide que la tierce qui la précède. Cette constante est également vraie pour les sixtes. Certaines étapes de cette procédure acceptent des variantes. Je ne détaillerais cependant que la version canonique de la procédure.

Procédure des trois tierces :
  • LA : Accorder la note LA à l’aide d’un diapason à une fréquence de 440hz.
  • FA(grave) : Accorder la note FA(grave) à partir d’une tierce FA-LA. Cette tierce doit avoir un BPS de 7 par seconde.
  • DO# : Accorder la note DO# à partir d’une tierce LA-DO#.Cette tierce doit avoir un BPS de 9 par seconde.
  • FA(aigu) : Accorder la note FA(aigu) à partir d’une tierce DO#-FA(aigu). Cette tierce doit avoir un BPS de 11 par seconde. On obtient ainsi une octave FA-FA.
  • SOL# : Accorder la note SOL# à partir d’une quarte SOL#-DO#. Le BPS de LA-DO# doit être inférieur à celui de SOL#-FA(aigu) qui doit lui-même être inférieur à celui de DO#-FA(aigu).
  • DO : Accorder la note DO à partir de l’écart FA(grave)–DO. Le BPS de SOL#-DO doit être inférieur à celui de LA-DO#.
  • MI : Accorder la note MI à partir de l’écart LA-MI. Le BPS de DO-MI doit être inférieur à celui de DO#-FA(aigu).
  • SOL : Accorder la note SOL à partir de l’écart SOL-DO. Le BPS de SOL-MI doit être inférieur à celui de SOL#-FA(aigu).
  • SI : Accorder la note SI à partir de l’écart SI-MI. Le BPS de SOL-SI doit être inférieur à celui de SOL#-DO.
  • MIb : Accorder la note MIb à partir de l’écart SOL#-MIb. Le BPS de SI-MIb doit être inférieur à celui de DO-MI.
  • FA# : Accorder la note FA# à partir de l’écart FA#-DO#. Le BPS de FA#-MIb doit être inférieur à celui de SOL-MI.
  • SIb : Accorder la note SIb à partir de l’écart SIb-MIb. Le BPS de FA#-SIb doit être inférieur à celui de SOL-SI.
  • RE : Accorder la note RE à partir de l’écart LA-RE. Le BPS de SIb-RE doit être inférieur à celui de SI-MIb.
CONCLUSION

Pour conclure, on peut dire que l’étape de partition d’un accord de piano est une étape qui nécessite une certaine technique ainsi qu’une grande concentration et une grande rigueur.

Accord du piano - les cordes
Cordes
Vue coté accroches
L’ACCORD DE PIANO – LES OCTAVES
Deuxième étape
DÉFINITION

Une fois que la partition est effectuée, et que les 13 notes medium du piano sont accordées, vient l’étape des octaves. L’étape des octaves consiste pour l’accordeur de piano a accorder l’ensemble des notes du piano en se servant des octaves à partir des 13 notes qu’il a déjà accordé.

CONTRAINTES

Une bonne octave doit réunir plusieurs conditions. Premièrement, une bonne octave doit être pratiquement plate (proche de 0 BPS) mais pas tout à fait plate. La note la plus aigüe de l’octave doit battre très légèrement plus rapidement que la note la plus basse, c’est à dire être juste au-dessus de la justesse parfaite. En effet, une octave tout à fait plate serait jolie, mais elle serait également fade et manquerait de swing. Deuxièmement, une bonne octave doit également avoir une quinte très proche de la justesse parfaite mais juste en dessous ainsi qu’une quarte au contraire très légèrement au-dessus de la justesse parfaite. Et enfin troisièmement, la sixte doit être légèrement plus rapide que la sixte située un demi ton au-dessous. Cette dernière contrainte est la plus difficile à concilier avec les autres.

Naturellement, le technicien du piano a tendance a effectuer toutes les vérifications. Cependant, mon avis personnel est que l’accordeur expérimenté doit se forcer a ne pas vérifier. Enchainer l’ensemble du clavier d’une seule traite sans aucune vérification permet d’obtenir un accord de piano d’une grande régularité sur l’ensemble du clavier sans cassure de rythme. Musicalement parlant cela donne les plus beaux accords de pianos. Lorsque l’accordeur parviens a réaliser ses octaves de cette façon, la théorie finit par rejoindre le naturel. L’ensemble des paramètres sont alors vérifiés et les sixtes, pourtant difficiles a concilier avec les autres contraintes accélèrent naturellement. Les arpèges seront alors d’une grande beauté dans toutes les tonalités et tous les renversements. Pour le pianiste, le résultat sera un piano au son harmonieux, qui donne envie d’être joué.

CONCLUSION

Pour conclure on peut dire qu’une bonne octave est un compromis très fin entre différentes contraintes incompatibles entre elles. On peut ajouter que les octaves constituent une étape qui nécessite une certaine technique tout comme l’étape précédente. Cependant cette étape se différencie de la première étape par le fait qu’elle requiert également une grande finesse d’oreille. L’expérience de l’accordeur est aussi un paramètre important. Les particularités finales de l’accord de piano dépendent pour une partie non négligeable de la finesse du compromis qui dépend lui-même de la finesse de l’oreille de l’accordeur.

Accord du piano - les chevilles
Chevilles
Chevilles et cordes
L’ACCORD DE PIANO – LES UNISSONS
Troisième étape
DÉFINITION

La troisième et dernière étape d’un accord de piano consiste à réaliser les unissons. Chaque touche du piano est reliée à un marteau. Appuyer sur une touche de piano revient à enclencher le mécanisme d’un marteau qui vient alors frapper non pas sur une corde comme on pourrait le penser mais sur 3 cordes. Le son produit par ces 3 cordes qui sonnent ensemble et qui produisent la même note est appelé unisson. Pour des raisons didactiques, je n’ai pas évoqué plus haut cet aspect des choses mais avant même les étapes précédentes, l’accordeur a pris soins d’étouffer 2 des 3 cordes de chaque note de façon à ce qu’une seule corde sonne par note. Il reste donc à cette étape 2 cordes à accorder pour chaque note du piano. Cette étape consiste pour l’accordeur à accorder les 2 cordes laissées de coté à partir de la corde déjà accordée et cela pour chaque note du piano.

CONTRAINTES

Un bel unisson est un unisson juste et ouvert, et sur ce point meilleure est l’oreille et meilleur sera l’unisson. L’unisson doit caresser la justesse sans toutefois l’atteindre exactement. Ce qui donnera un coté projetant au son qui enveloppera alors la salle et apportera un coté chaleureux a l’accord de piano. Il est d’ailleurs plus exact de dire que pour obtenir un unisson qui projette le son, il faut d’abord réaliser un unisson parfaitement pur puis le casser très légèrement afin de l’ouvrir. Mon avis personnel est qu’il faut réaliser 2 unissons parfaitement purs et ouvrir celui de la 3ème corde. J’ajoute cependant que le « simple » fait de réaliser un unisson parfaitement pur est déjà une gageure très considérable pour l’oreille. un accord de piano aux unissons parfaitement purs est déjà un accord aux qualités très au dessus de la moyenne. Sa beauté cependant sera un peu froide.

CONCLUSION

Pour conclure on peut dire que L’étape des unissons est l’étape qui nécessite la plus grande oreille. C’est aussi l’étape la plus importante. L’accordeur de piano dispose d’un espace microscopique situé autour de la justesse pour transmettre au piano des qualités spécifiques a travers son accord. Plus le technicien accordeur aura une oreille précise, et plus il pourra transmettre au piano à travers son accord des qualités sonores spécifiques telles que du swing, un coté chaleureux ou encore un son enveloppant.

Accord du piano - les marteaux
Marteaux
Marteaux de piano à queue
CONCLUSION SUR L’ACCORD DE PIANO
Conclusion et approche personnelle
CONCLUSION

Pour conclure, je vais aborder ici mon approche personnelle de l’accord de piano. Ce que je vais dire ne vaut donc pas forcement pour tout le monde et d’autres accordeurs de piano peuvent avoir un autre point de vue. L’accord de piano nécessite beaucoup de pratique et de technique, cependant le fil directeur qui m’a toujours guidé et qui me permet encore aujourd’hui de progresser est l’oreille. Mon oreille m’a permis depuis mon plus jeune age de reproduire facilement toutes les mélodies et les harmonies. Je lui dois tout en termes de musique, d’accord et de technique. En effet, avoir une bonne oreille permet d’identifier visuellement les notes sur un instrument et donc de rapidement trouver les enchainements de doigtés qui permettent de jouer la mélodie que l’on entend dans sa tête. Le fait d’avoir joué cette mélodie va à son tour contribuer à développer la capacité d’enregistrement des sons, et ainsi de suite. Viennent ensuite l’enrichissement des arrangement et le développement de la technique et des sensations dans les doigts.

Ce n’est que plus tard, au cours de ma formation d’accordeur de pianos que je me suis rendu compte que l’oreille musicale permet également d’entendre très facilement les unissons et donc d’entreprendre le métier d’accordeur avec une bonne oreille technique de base. Et là je me suis aperçu que le développement de cette oreille technique me permettait désormais d’entendre et retenir plus de choses en musique qu’avant d’être accordeur. La pratique musicale et technique forment alors un cercle vertueux entrainant le développement réciproque et sans fin de ces deux oreilles.

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